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Exploration de l'Univers Focus

« Grâce à Herschel, nous pouvons étudier le passé »

Entretien avec le Professeur Matt Griffin de l’Université de Cardiff au Royaume-Uni, qui dirige l’équipe responsable du récepteur d’imagerie spectral et photométrique SPIRE (Spectral and Photometric Imaging Receiver), l’un des trois instruments de l’Observatoire spatial Herschel, le plus grand télescope jamais envoyé dans l’espace.

Les instruments SPIRE, HIFI et PACS enregistreront des images inédites des galaxies les plus lointaines grâce au miroir en carbure de silicium (SiC) et aluminium de 3,5 m de diamètre du télescope Herschel, capable de recueillir 20 fois plus de lumière que ses prédécesseurs.

 « Pour un astronome expérimental, il s’agit d’une prouesse technologique sensationnelle, et pour quiconque apprécie les formes et la symétrie, un objet fabuleux ! », explique le Professeur Griffin. Herschel a transmis en septembre 2009 la première image de sa mission de quatre ans : une vue imprenable de la M51, « la galaxie du Tourbillon », saisie par la caméra PACS (Photo-Array Camera and Spectrometer). Le Professeur Griffin revient sur le développement du télescope et évoque ses espoirs en ce qui concerne les fruits de cette mission. 

 

Les scientifiques, dont vous-même, qui recevront les données transmises par Herschel ont-ils joué un rôle dans la conception du miroir ?

Au cours des premières phases, un certain nombre de scientifiques et moi-même ont étroitement collaboré aux spécifications techniques du télescope Herschel. Nous avons également suivi avec beaucoup d’attention sa conception et sa fabrication, et prodigué quelques conseils sur la façon dont il devait être testé. Cet intérêt du début jusqu’à la fin pour le développement du télescope s’est révélé très important dans le succès du projet.

 

Comment se comportent le miroir et le télescope depuis le lancement ?

Les premiers résultats d’Herschel indiquent que le miroir fonctionne de manière nominale et fournit aux instruments un faisceau de rayonnement de source astronomique qui correspond exactement à ce qui était prévu et s’accorde parfaitement avec les instruments. On obtient donc un système merveilleusement bien focalisé qui permet de réaliser les observations les plus fines que nous pouvions espérer.

 

SPIRE contient un photomètre et un spectromètre d’imagerie. En quoi les images recueillies par ces deux instruments diffèrent-elles ?

Le photomètre est conçu pour réaliser des images selon trois longueurs d’ondes submillimétriques différentes, ce qui est analogue à la prise de vue dans différentes couleurs de la lumière visible. Ces images nous informeront sur la physique des régions de l’espace où se forment les étoiles en révélant des propriétés telles que la température, la masse et l’extrant énergétique, ainsi que les propriétés de la poussière que peuvent produire les planètes.

En revanche, le spectromètre étudiera l’autre matière – le gaz – à partir de laquelle se forment les étoiles, en fractionnant la lumière submillimétrique entrante et en l’analysant à la recherche de signatures d’atomes et de molécules spécifiques.

 

La période d’étalonnage de l’instrument SPIRE est-elle achevée ?

Pas encore, nous en sommes à la phase de « vérification des performances ». Jusqu’à présent, les résultats sont extrêmement encourageants, puisque l’instrument et le télescope fonctionnent de manière nominale, voire mieux que prévu. Nous sommes déjà en mesure de procéder à des observations scientifiques avec le photomètre, tandis que le spectromètre sera très prochainement opérationnel.

 

Etes-vous satisfait des premières images transmises par Herschel ?

Les premiers spectres et images que nous avons acquis jusqu’ici suscitent une véritable effervescence au sein de la communauté des astronomes. Même si nous n’avons pas encore fini de préparer l’instrument, les résultats montrent d’ores et déjà qu’Herschel saura tenir ses promesses scientifiques.

 

Y a-t-il une galaxie, une étoile, une planète ou même un phénomène que vous entendez saisir en particulier ?

L’un des principaux objectifs scientifiques d’Herschel consiste à étudier la formation des étoiles dans notre propre galaxie, notamment dans le but d’apprendre comment se sont formés les systèmes solaires comme le nôtre, en étudiant le même processus qui se produit dans notre galaxie aujourd’hui. Un autre objectif consiste à étudier la façon dont les galaxies comme la nôtre se sont formées et ont évolué dans le passé – la formation des galaxies étant bien sûr liée à la formation des étoiles à une plus grande échelle. En observant des galaxies très distantes grâce à Herschel, nous pouvons étudier le passé pour découvrir comment sont nées les galaxies qui remplissent aujourd’hui l’univers.

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